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HANNAH CRAFTS – par le Théâtre du ballon Rouge

23 février 2010

Muséum d’Histoire Naturelle – La Rochelle – du 10 au 16 mai 2010

Tous les soirs à 20 heures, sauf dimanche 16 mai à 15 heures.


Ecriture et Mise en scène / Dany Martinez – Costumes / Blandine René – Avec : Ivola Pounembetti, Jean Baptiste Azéma, Jean Yves Lissonnet, Raphaël Mahé, Adama Dembélé – Technique : Philippe Marliangeas.
…Au cours des années 1850 est retrouvé un manuscrit signé d’une certaine Hannah Crafts sous l’intitulé The Bondwoman’s Narrative, by Hannath Crafts, a fugitive Slave, Recently Escaped from North Carolina. – Il se composait de 301 feuillets reliés par de la toile. On le supposait en provenance du New Jersey et semblait suggérer que la narratrice elle-même avait vécu cette expérience. Si elle était noire, alors ce « récit d’esclavage romancé » – un roman autobiographique relatant la vie d’une esclave en caroline du Nord et sa fuite vers la liberté – serait une découverte majeure, peut-être le premier roman jamais écrit par une Noire et sans aucun doute le premier écrit par une ancienne esclave…
C’est ainsi qu’une controverse a entouré la découverte du manuscrit « d’autobiographie d’une esclave » et bien des recherches ont été engagées autour de l’authenticité de ce roman par des dizaines de spécialistes et de généalogistes pour cerner l’identité de l’insaisissable Hannah Crafts.

Plusieurs pistes ont été, ainsi, avancées sur la probable identité de l’auteur. L’une d’entre elles concerne une certaine Jane Johnson, ancienne esclave qui devint une cause célèbre lorsqu’elle échappa à son maître, John Hill Wheeler, à Philadelphie en 1855 et dont la trace retrouvée à Boston en 1866 atteste qu’elle savait parfaitement lire et écrire, ce qui, à l’époque était indéniablement rare chez les esclaves. De plus, étant donné que nombre d’ouvrages dont s’inspira « Hannah Crafts » figuraient dans la bibliothèque de John Hill Wheeler, il semble évident que seul un familier de la maison (Jane Jonhson ?) pouvait avoir accès à ces textes.
L’hypothèse selon laquelle Jane Jonhson serait l’auteur « d’Autobiographie d’une esclave », si elle reste encore à prouver, paraît donc tout à fait fondée.
Quoiqu’il en soit, le texte original est d’une facture singulière puisqu’il adopte le ton romancé de ces feuilletons à l’eau de rose de la fin du 18ème siècle.
Les références sont nombreuses à Charles Dickens, Shakespeare, Edgar Allan Poe, Charlotte Brontë, Walter Scott… parmi les plus célèbres récits de l’époque, et bien que son texte soit imprégné de divers genres de fictions littéraires, dont les romans sentimentaux ou gothiques, extrêmement populaires dans les années 1850, Hannah Crafts affirme que celui-ci ne prétend pas au genre romanesque.
Loin des récits violents de la traite négrière, nous avons là la vision romanesque d’une esclave noire échappant à sa condition au travers des contingences et des évènements hasardeux qui ponctuent sa vie.
Pas de violence, donc, si ce n’est celle écrite par la destinée qui fait d’un homme à la peau noire un nègre, d’une négresse une moins que rien, et de l’un et l’autre de la main d’œuvre à bas prix.
Hors la vie, non humains de naissance, créatures suspendues à la volonté d’un autre – blanc de préférence, nanti de préférence – avec cela, c’est à soi-même qu’il faut renoncer, à l’idée même d’une construction humaine, libre et indépendante.
Et pourtant, c’est après cela que court Hannah, une course oui, comme une fuite oui, de toute son âme encore et encore, elle court, pour cette idée absurde d’une liberté à trouver. Car plus qu’au confort de la vie, c’est à cela qu’elle aspire, Hannah : être libre parmi l’espèce humaine.
Une réflexion romancée sur le sort et l’espèce humaine, c’est de cela qu’il s’agit dans l’écriture de Hannah Crafts et c’est d’ailleurs ce qui fait de ce récit une bouleversante partition pour dire et raconter l’indignité de certains, l’ignorance et le mépris de quelques-uns qui ont fait de l’esclavage une institution particulière. / Dany MARTINEZ (Auteure, Metteur en scène)

«

EXTRAITS du texte.
Trappe : Ces peuples souffrent d’infantilisme et de croyances absurdes. Ils se vendent entre eux par tradition, font commerce avec les négriers d’Europe et c’est à nous qu’incombe le mauvais rôle ! Clifford : Eh bien, n’est ce pas là, une nouvelle fois, la preuve de l’absurdité dont nous faisons chaque jour les frais dans nos plantations ? Car ces esclaves nous haïssent au lieu de nous aimer et je m’interroge sur le bien-fondé de nos efforts pour en faire des êtres civilisés… » J’entends que certains foyers de révolte ont vus le jour, ici ou là, comment est-ce possible, car enfin que réclament-ils ? – L’animalité qui les caractérise les éloigne, de fait, de tout accès à l’instruction élémentaire. Nous leur fournissons gîte et couverts, prenons soin d’eux, les éduquons de manière certaine, en échange de travaux indispensables à l’essor des colonies ! Que peuvent-ils vouloir de plus ?!… » « Hannah: Je me souviens / Le négrier est entré dans la case / Et il tâtait mes petits membres / Il promenait ses gros doigts sur mon visage / Ses yeux d’homme blanc riaient et sa bouche me taquinait de choses sucrées / Ce sera une bonne pièce / dit-il / en me regardant / Et il disait d’autres choses aimables / le négrier / Qu’il fallait s’y prendre très tôt / Que ce n’était pas trop d’une vie pour faire un bon chrétien et un bon esclave / bon sujet et bien dévoué / Et l’on nous vendait comme des bêtes / On nous mettait en rang pour l’évaluation / On regroupait les hommes et les femmes / les vieux et les jeunes / les couples mariés et les célibataires avec les chevaux / les moutons et les pourceaux / Il y avait des chevaux et des hommes / des bestiaux et des femmes / des cochons et des enfants / tous placés au même rang dans l’échelle des êtres et tous soumis à l’inspection / Et l’on nous comptait les dents / Et l’on nous tâtait les bourses / Fouillait le sexe / Et l’on examinait notre peau / L’on nous palpait / Nous pesait et soupesait / Et l’on passait à notre cou de bête le collier de la servitude… » Hannah Crafts (Extrait)

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